Acupuncture en procréation assistée : aide, tort ou effet placebo ?

Introduction

Des patientes infertiles me demandent à l’occasion si l’acupuncture en procréation assistée peut améliorer leur chance de concevoir. Après des mois d’échec, un peu désespérées, elles sont souvent tentées de se tourner vers des médecines parallèles. L’acupuncture fut initialement offerte dans le cadre d’une infertilité avec l’hypothèse qu’elle améliorerait la perfusion sanguine de l’endomètre, qu’elle augmenterait la réceptivité utérine et favoriserait ainsi l’implantation de l’embryon.
Différents mécanismes potentiels d’action de l’acupuncture sur la fertilité ont été proposés dont une modulation neurohormonale, une modulation des cytokines (molécules impliquées dans la réponse immunitaire), la réduction du stress, de l’anxiété et de la dépression.

Méta-analyses sur l’effet de l’acupuncture en infertilité

Bien que les résultats du premier essai clinique randomisé sur le rôle de l’acupuncture en fécondation in vitro (FIV) semblaient encourageants (1999), les plus récentes méta-analyses ne confirment pas son efficacité. La méta-analyse est une démarche statistique qui combine le résultat d’une série d’études indépendantes sur un problème donné. Depuis 1999, plus de 40 essais cliniques et 8 revues systématiques ont été publiés sur le sujet.

Acupuncture au moment du prélèvement d’ovules

En regroupant les données de 5 essais cliniques randomisés et contrôlés (n=877), on note que l’acupuncture réalisée au moment du prélèvement d’ovules n’améliore pas les taux de grossesse clinique. Parmi celles-ci, deux études rapportent le taux de naissance vivante; aucune différence significative ne fut notée entre le groupe traité et le groupe contrôle.

Acupuncture au moment du transfert d’embryons

Au moins dix essais cliniques randomisés et contrôlés avec placebos (simulacre) ont évalué la performance de l’acupuncture réalisée au moment du transfert d’embryons. Deux mille six cents (n=2600) patientes ont ainsi été randomisées. Il existe une hétérogénéité méthodologique et clinique relativement importante entre les différentes études, dont une durée très variable des traitements, un nombre différent de piqûres et de sites, l’utilisation parfois combinée d’herbes médicinales chinoises, des causes différentes d’infertilité, etc.
Les méta-analyses actuelles ne confèrent pas d’avantage à l’acupuncture par rapport au groupe contrôle. Aucune différence significative n’a été notée entre les groupes, autant pour les grossesses cliniques que pour les naissances vivantes. Parmi les études, trois essais cliniques ont en fait soulevé un effet potentiellement nuisible de l’acupuncture, les taux de naissance étant significativement plus bas dans le groupe traité par acupuncture (intervalle de confiance 95 % : 0.58-0.95).
Une étude récente réalisée à double insu chez 635 femmes, respectant les principes et les règles de la médecine chinoise traditionnelle, a aussi conclu que l’acupuncture n’améliorait pas les taux de grossesses évolutives. Le taux de naissance vivante était en fait supérieur dans le groupe placebo (30 %), comparativement au groupe traité par acupuncture (25 %).

Conclusion

Que dire aux patientes qui désirent à juste titre se réapproprier un certain contrôle sur leur fertilité ? Le meilleur conseil serait d’avouer en toute franchise qu’il existe en ce moment un nombre insuffisant de données homogènes pour déterminer le bénéfice ou le préjudice de l’acupuncture sur la fertilité. Les données actuelles en procréation assistée ne semblent toutefois procurer aucun avantage à l’acupuncture sur les taux de succès.
Un des principes de base du serment d’Hippocrate est de s’abstenir de tout mal envers nos patients. Dans cette optique, il serait donc préférable de conseiller d’éviter pour l’instant l’acupuncture. Il existe déjà plusieurs habitudes de vie nuisibles à la fertilité qui peuvent être modifiées par le couple (tabagisme, surpoids, sédentarité, malbouffe, stress, etc.) et lui procurer un certain sens de participation active en cours de traitement.
 

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