Journal de Montréal: le Dr Pierre Miron dénonce vivement les libéraux

Dans une article du Journal de Montréal publié ce matin, le Dr Pierre Miron dénonce vivement les libéraux qui s’acharnent selon lui sur les couples infertiles.

Le Dr Pierre Miron a fondé trois programmes de fécondation in vitro dans sa carrière et est actuellement à la tête de sa propre clinique, Fertilys, à Laval.

Un gouvernement «misogyne»

Article de Marie-Ève Dumont, Journal de Montréal 

27 février 2016

Le Dr Pierre Miron, un des pionniers de la fécondation in vitro au Québec, qualifie de «misogyne» le gouvernement actuel qui s’acharne selon lui sur les jeunes femmes et les couples infertiles. Après avoir aboli le programme de fécondation in vitro en novembre dernier, le gouvernement s’apprête à cesser de rembourser les médicaments liés à l’intervention. Le ministre Barrette a également annoncé cette semaine la fermeture de la clinique de fertilité du CHUM, valant plus de 16 M$ en investissement. Ces coupes priveront de nombreux couples du bonheur d’avoir des enfants, dénonce le spécialiste.

Comment ça se passe dans votre clinique depuis que le gouvernement a cessé de payer les frais de la fécondation in vitro (FIV), après l’avoir fait pendant presque cinq ans?

«L’abolition du programme est un désastre. C’est un drame qui va affecter plusieurs générations, c’est une attaque frontale envers les jeunes. Les gens qui veulent concevoir ont entre 25 et 34 ans. Le gouvernement les attaque­­ alors que c’est la tranche d’âge qui utilise­­ le moins le système de santé. C’est une trahison à l’égard des jeunes couples infertiles qui veulent avoir des enfants et participer à la construction du Québec.»

Comment les couples infertiles réagissent­­-ils à la fin du programme?

«Il y a une telle détresse psychologique chez les patients, mon adjointe pleurait elle aussi à la fin de ses journées. Il y a beaucoup d’injus­tice. J’avais un couple qui voulait commencer les procédures. Je leur avais prescrit les médicaments, mais ils n’ont pas entrepris tout de suite les démarches parce que le père de la jeune femme était mourant. Ils sont revenus quelques mois plus tard et maintenant ils doivent­­ tout payer. C’est un couple ordinaire avec des revenus modestes, c’est fâchant de voir ça.»

Que pensez-vous des crédits d’impôt qui sont offerts dorénavant plutôt que la gratuité?

«C’est le bordel, le crédit d’impôt. Le ministre Barrette ment à la population effrontément. Il n’y a pratiquement personne qui a droit au crédit d’impôt. Une femme dont le conjoint a déjà eu un enfant avec une autre compagne n’y a pas accès. Le crédit d’impôt n’est aussi valide que pour une seule tentative avant 37 ans alors que ça peut prendre deux ou trois FIV. À une femme de 27 ans qui n’a pas réussi à avoir d’enfant à la première intervention, le gouvernement lui dit: “Just too bad, tu reviendras dans 10 ans.” Ça n’a pas de bon sens.»

Que pensez-vous de la décision du gouvernement de ne plus couvrir non plus les médicaments liés à la FIV dès le 15 mars?

«C’est une autre tuile qui tombe sur la tête des couples. Je ne comprends pas l’acharnement du gouvernement sur les couples infertiles. Les gens sont en panique et commencent à stocker des médicaments avant qu’ils ne soient plus couverts. Ils essaient le plus possible d’économiser des sous. La fécondation in vitro peut coûter près de 10 000 $ incluant l’intervention et les médicaments, pour une seule tentative (n.d.l.r.: en fait une tentative de FIV est de 5000$ chez Fertilys, on doit ajouter 1500$ si une ICSI est requise; les médicaments coûteront en moyenne 2500$ s’ils ne sont plus couverts par la RAMQ à compter du 15 mars 2016) . C’est sûr que les gens ne pourront pas se le permettre, il y aura des couples qui n’auront jamais d’enfants.»

Certaines interventions pour l’infertilité sont toujours couvertes par l’assurance maladie, est-ce une bonne chose?

«On nous ramène vers des mauvaises pratiques médicales. La FIV est une super évolution, ça fonctionne beaucoup mieux que les autres méthodes comme l’insémination. Les autres procédures coûtent moins cher, mais marchent moins bien. On a aussi beaucoup moins de contrôle sur la grossesse. C’est un gouvernement misogyne qui s’attaque aux femmes en les forçant à retourner vers des pratiques qui causent plus de grossesses multiples. C’est une aberration.»

Pourquoi croyez-vous que le gouvernement s’acharne autant comme vous le dites sur les couples infertiles?

«Je pense que c’est une question idéologique. On aurait pu mieux cibler le programme et faire­­ baisser les coûts. Il y a certainement eu des dérapages. On arrivait à faire une FIV pour 4600 $, mais d’autres chargeaient 7100 $. J’ai dit au ministre qu’il pouvait venir voir mes états financiers et il ne l’a jamais fait. C’est une question de choix de société et de valeurs. L’infertilité médicale est une maladie, mais on s’en va plus vers la privatisation des soins que l’équité.»

Pensez-vous que le gouvernement pourrait­­ revenir sur sa décision?

«Je l’espère de tout cœur, mais comme je l’ai dit, c’est une question d’idéologie et de valeurs. J’ai toujours pensé que l’abolition du programme de FIV serait la porte d’entrée vers la privatisation du système de santé. On commence déjà à le voir avec l’annonce du gouvernement d’envoyer des chirurgies d’un jour au privé. Le patient n’est plus au centre des décisions, ce sont les cliniques privées et les entreprises qui offrent du financement qui vont s’enrichir.»

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