Un ministre qui vous ment par omission

À la suite d’un article de Jessica Nadeau paru ce matin dans le Devoir (Médicaments favorisant la fertilité: vers la fin de la gratuité), le ministre de la Santé Gaétan Barrette donnait une entrevue à Paul Arcand.

À la question de Paul Arcand qui demandait au ministre Barrette si, comme l’indique l’article du Devoir, les médicaments qui sont associés au programme de fécondation in vitro ne seront plus remboursés et que les couples, en plus d’avoir à défrayer pour le traitement en soi, devront à partir du 15 mars 2016 payer également pour l’ensemble des médicaments associés, il lui répond ceci:
« Bien c’est à dire, l’ensemble de la chose va être assujettie à la mesure qu’on a mise en place, c’est-à-dire qu’il y aura un financement gouvernemental par les crédits d’impôt jusqu’à une hauteur variable dépendant des revenus des gens donc, ces frais vont être admissibles au crédit d’impôt »
Entrevue de Paul Arcand avec le ministre

Ce que ne dit pas le ministre à Paul Arcand

Présentement, les médicaments en FIV sont couverts par le Régime d’assurance-médicaments du Québec, ce qui force également les assurances-groupe privées à les couvrir. Avec l’abolition de leur couverture publique, prévue par le ministre le 15 mars prochain, ces médicaments ne seront plus couverts même par les assureurs privés et devraient vous coûter en moyenne, par tentative de FIV, environ 2500$ à 4000$. Parfois plus!
Ce que ne dit également pas le ministre à Paul Arcand, c’est que le crédit d’impôt n’est limité qu’à une infime proportion des couples infertiles.
Pour avoir accès au crédit d’impôt :

  • ni vous ni votre conjoint ne devez avoir d’enfant avant le début du traitement pour lequel les frais sont payés;
  • selon l’attestation d’un médecin, ni vous ni votre conjoint ne devez avoir subi de stérilisation chirurgicale par vasectomie ou de ligature des trompes, selon le cas, pour des raisons qui ne sont pas strictement médicales;
  • la réclamation ne peut s’appliquer que pour un seul cycle de fécondation in vitro chez les femmes âgées de 36 ans ou moins, ou qu’à un maximum de deux seuls cycles de fécondation in vitro, chez les femmes âgées de 37 ans ou plus;
  • la réclamation se limite qu’à un traitement de fécondation in vitro et non à d’autres traitements en fertilité.

De plus, même si vous vous conformez à tous ces critères déjà très restrictifs, vous ne pourrez récupérer par ce crédit d’impôt que de 20 à 80%, selon votre revenu familial. À titre d’exemple, seuls les couples ayant un revenu familial de moins de 50000$ pourront réclamer 80% des dépenses.
Parmi les médicaments les plus coûteux utilisés en fertilité, on note en autres les gonadotrophines (Gonal-F, Puregon, Repronex, Menopur, Ovidrel (hCG)). Ces médicaments sont classiquement utilisés en fécondation in vitro pour stimuler les ovaires et permettre le recueil de plusieurs ovules.
Or, ils sont également utilisés dans des traitements pourtant toujours couverts par la RAMQ afin, à titre d’exemple (1) d’induire l’ovulation chez une femme qui ne peut ovuler autrement (aménorrhée hypothalamique), (2) de stimuler l’ovulation (surovulation) avant une insémination intra-utérine (3) de préserver la fertilité de femmes en cas de cancer.
La couverture des médicaments requis pour ces traitements sera-t-elle également abolie?
Comment peut-on moralement justifier la couverture de ces médicaments pour certaines causes d’infertilité et non pour d’autres?
Le gouvernement libéral de Philippe Couillard s’acharne particulièrement à créer des barrières insurmontables pour les couples québécois médicalement infertiles. En forçant les patients infertiles à s’endetter, il ouvre le marché de la maladie aux prêteurs.
Ci-dessous les courriels des 63 députés du Parti libéral du Québec qui ont tous voté et applaudi la privatisation de la FIV. Sans vos plaintes, ils appuieront sûrement le 15 mars prochain l’abolition de la couverture de médicaments pourtant indispensables à de nombreux traitements en fertilité. Écrivez-leur pour leur faire part de votre insatisfaction et de votre colère. Copiez également vos courriels à Mme Diane Lamarre (Diane.lamarre.TAIL@assnat.qc.ca), qui est porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé et d’accessibilité aux soins, et à M. François Paradis (Francois.Paradis.LEVI@assnat.qc.ca), porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de santé et de services sociaux. Les deux ont défendu avec leur parti respectif (PQ et CAQ) le maintien du programme public.

Écrivez à Paul Arcand

En terminant, écrivez également à Paul Arcand pour lui demander une information plus transparente en ne laissant plus uniquement la parole au ministre Barrette pour vos traitements. Il ne représente pas vos intérêts et ment à la population par omission.

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