Progestérone : une bonne fessée avec ça ?

Le retrait de la couverture de la progestérone vaginale par l’actuel gouvernement du Québec fera encore une fois « mal » aux Québécoises infertiles.

Plusieurs étaient heureux d’apprendre le 15 juin dernier que la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) continuera pour l’instant de couvrir certains médicaments, régulièrement utilisés en fécondation in vitro (FIV).
(voir la liste de médicaments à la fin du présent blogue).
Cela s’explique par le fait que le gouvernement actuel, qui allait les abolir encore une fois par improvisation, a tardivement réalisé que ces mêmes médicaments étaient également utilisés dans un contexte hors FIV, à des fins d’induction de l’ovulation ou de stimulation ovarienne combinée à une insémination intra-utérine, actes toujours couverts par la RAMQ!
Les interventions publiques de l’Association des couples infertiles du Québec et de partis d’opposition, comme le Parti Québécois et la Coalition Avenir Québec, auront joué un rôle important.
Cela dit, il s’agit ici d’une bien mince consolation face à l’abolition récente, par le même gouvernement, de la couverture publique de la fécondation in vitro.

Retrait de l’Endometrin et du Crinone

Deux médicaments dont l’ingrédient actif est la progestérone, utilisés régulièrement en procréation assistée et qui s’administrent par voie vaginale, ont toutefois été retirés de la couverture par la RAMQ : l’Endometrin et le Crinone.
La progestérone est généralement utilisée en procréation assistée, en phase lutéale après l’ovulation, afin de soutenir l’implantation et la nidation de l’embryon dans l’utérus.
Pour justifier sa recommandation au ministre Gaétan Barrette d’abolir la couverture de l’Endometrin et du Crinone, l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS) a utilisé deux prétextes dans son Avis au ministre du 1er juin 2016:

  • La valeur thérapeutique du Crinone et de l’Endometrin a été reconnue pour le soutien de la phase lutéale dans le contexte d’une fécondation in vitro exclusivement.
  • L’usage de la progestérone pour le soutien de la phase lutéale dans le cadre d’une insémination intra-utérine n’est pas approuvé par Santé Canada.

Or, la valeur thérapeutique de la progestérone administrée par voie vaginale en phase lutéale a été prouvée scientifiquement non seulement pour les femmes ayant recours à une fécondation in vitro, mais également pour celles ayant recours à une insémination intra-utérine après une stimulation ovarienne avec gonadotrophines.
Ces produits font d’ailleurs activement partie de nos protocoles de stimulation ovarienne utilisant des gonadotrophines, que ce soit pour une insémination intra-utérine ou pour une fécondation in vitro.
Plus spécifiquement, une revue systématique par méta-analyse, faisant la synthèse de 5 études randomisées contrôlées, publiée en 2014, confirme l’effet bénéfique de la progestérone vaginale dans des cycles avec insémination intra-utérine. Les femmes recevant de la progestérone vaginale en phase lutéale ont en fait 2.28 fois plus de chance de donner naissance à la suite d’une stimulation ovarienne avec gonadotrophines combinée à une insémination intra-utérine par rapport au groupe contrôle (intervalle de confiance : 1.49 à 3.51) .
La seule progestérone qui restera couverte par la RAMQ est sous forme injectable. Elle doit être administrée tous les jours pendant plus de deux semaines. Cette injection intramusculaire de progestérone dans la fesse est très douloureuse, risquée (sciatique, abcès, etc.) et ne présente aucun avantage en taux de naissance par rapport à une administration vaginale indolore de progestérone.
L’abolition de la couverture de la progestérone vaginale par la RAMQ forcera inévitablement de nombreuses patientes à se tourner vers une progestérone injectable intramusculaire et à souffrir ainsi encore un peu plus à cause de cette nouvelle décision erratique d’un gouvernement qui fait encore une fois mal aux femmes québécoises infertiles.
À titre indicatif, le comité scientifique de l’évaluation des médicaments aux fins d’inscription de l’INESSS est composé majoritairement d’hommes (13 sur 16).
Comme disait à juste titre une de nos infirmières cette semaine : « un coup de fouet avec ça ? ».
On pourrait aussi dire : « une bonne fessée avec ça ? »

Liste de médicaments utilisés en procréation assistée et qui resteront pour l’instant couverts par la RAMQ :

  • Gonal F
  • Puregon
  • Menopur
  • Repronex
  • Bravelle
  • Cetrotide
  • Orgalutran
  • hCG
  • Ovidrel

Dans son Infolettre datée du 15 juin dernier, la RAMQ indique que, pour se faire rembourser ces médicaments, de nouveaux codes d’exception adaptés à la situation devront dorénavant être utilisés (GY174 / GY175). L’ancien code GY147 a été retiré et ne fonctionnera plus pour de nouvelles ordonnances. Toutefois, si la patiente a obtenu avant le 15 juin 2016 un remboursement pour un de ces médicaments à l’aide de ce code, elle continuera d’être remboursée jusqu’au 14 octobre 2016.
Les nouveaux codes GY174 et GY175 ne sont valides que pour une durée maximale de 12 mois. Qu’arrive-t-il par la suite ? Même la RAMQ n’est pas capable de répondre.

Publié le 18 juin 2016 dans Insémination artificielle , Fécondation in vitro , Infertilité

Dr Pierre Miron
Par : Dr Pierre Miron PhD, MD, FRCSC, Fertologue

Le Dr Pierre Miron jouit d’une réputation internationale en fertilité, reproduction et assistance médicale à la procréation. Ce visionnaire a fondé trois programmes de fécondation in vitro au Québec au cours des 30 dernières années. Grâce à son centre privé de génétique humaine spécialisé dans le domaine de la reproduction, il a rendu accessible à toutes les femmes enceintes un programme unique de dépistage prénatal pour la trisomie 21 – un service auparavant inexistant au Québec. Le Dr Miron s’est toujours impliqué activement et publiquement pour la cause des couples infertiles. Il a notamment contribué à mettre en place l’Association infertilité Québec (ACIQ).

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