Une nouvelle technologie pour déceler les embryons anormaux ?

Une nouvelle technologie pour déceler les embryons anormaux ?

Luis Baldoceda PhD et Gaël Cagnone PhD, embryologistes, Fertilys

Une récente publication scientifique a fait la manchette cette semaine dans les journaux montréalais. Cette étude, de l’équipe du scientifique Greg FitzHarris au Centre hospitalier de l’Université de Montréal, montre qu’une observation morphologique non invasive, se produisant durant la division cellulaire des embryons, permettrait de détecter chez la souris l’apparition spontanée d’anomalies chromosomiques.
Bien que nous soyons loin d’une validation et d’une application clinique réelle chez l’humain, la découverte de l’équipe du CHUM chez la souris est intéressante et repousse un peu plus les frontières de l’analyse chromosomique des embryons conçus in vitro. Publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), cette étude de Vasquez-Diez et collaborateurs montre que l’apparition d’un micronoyau dans le cytoplasme de cellules embryonnaires permettrait de détecter chez la souris, lors de leur division, des anomalies chromosomiques. Ce phénomène d’expulsion d’un chromosome en dehors du noyau d’une des cellules en division ne se produit que chez 5% des embryons à un stade de vie de 2 à 4 cellules et augmente avec les divisions cellulaires successives. Quatre-vingt-un pour cent (81%) des embryons qui se développent en morula (16 à 64 cellules) possèdent au moins une cellule contenant un micronoyau.

L’incidence d’apparition d’un micronoyau serait similaire chez les embryons cultivés in vitro ou in vivo et n’affecterait pas nécessairement la survie des cellules filles affectées. Ces cellules pourraient même être spontanément éliminées plus tard en cours du développement, permettant ainsi à l’embryon de se débarrasser des cellules anormales. Cependant, l’étude ne permet pas de déterminer clairement si un embryon avec un ou plusieurs micronoyaux possèderait le pouvoir de s’autoréparer et de produire par la suite une naissance tout à fait normale.

Chez l’humain, les connaissances, la dextérité et le jugement des embryologistes sont des sine qua non afin d’obtenir de bons résultats en fécondation in vitro. Ainsi, pendant la période d’incubation en laboratoire, les embryologistes analysent finement, à intervalles réguliers, la morphologie et la cinétique du développement des embryons (clivage). Il s’agit d’une très bonne façon de sélectionner l’embryon présentant le plus de potentiel de s’implanter après son transfert dans l’utérus maternel. Cependant, l’apparence des embryons sous microscopie peut parfois être trompeuse et ceux qui à première vue apparaissent tout à fait normaux, peuvent contenir des défauts chromosomiques. Or, ces défauts sont souvent à la base d’un échec de grossesse ou d’une fausse couche en fécondation in vitro.

De nos jours, il est déjà possible d’identifier des anomalies chromosomiques chez un embryon humain, avant son transfert, par le prélèvement et l’analyse génétique d’une des cellules qui le composent (dépistage préimplantatoire). Les techniques actuelles sont cependant invasives et coûteuses.
« Lors d’une tentative de fécondation in vitro, le couple et le médecin espèrent toujours que le plus bel embryon sera obtenu et sélectionné, ce qui n’est pas toujours facile malgré l’amélioration constante des méthodes de laboratoire. L’arrivée de toute nouvelle technologie non invasive permettant de mieux sélectionner les embryons de qualité est donc toujours bienvenue», souligne Dr Pierre Miron de Fertilys.

En conclusion, bien que les résultats de cette étude soient intéressants et prometteurs, ils n’ont été observés pour l’instant que sur des embryons de souris et incitent donc à la prudence. Beaucoup de travail reste donc à faire avant que l’utilité d’une telle découverte ne soit clairement confirmée chez l’humain. Si cela se confirme, l’application d’une telle technologie nécessitera l’utilisation en laboratoire de microscopes très puissants afin d’observer à fort grossissement les chromosomes, en temps réel et sans technique de coloration, sans pour autant affecter la survie même des embryons étudiés. À l’heure actuelle, cette technologie n’est pas accessible dans les centres cliniques d’aide médicale à la procréation.

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